Chapitre XIII

Le bienfaisant royaume des rêves, pour Morane, avait été celui des cauchemars. Malgré sa fatigue, ceux-ci avaient occupé son sommeil. Avec, comme personnage principal, cet homme sans yeux, ni bouche, ni nez et qui figurait Monsieur Wan.

Dans ces cauchemars, l’Empereur de Macao prenait toutes les formes. Parfois, il ressemblait à un lion aux yeux rouges et à la crinière d’un blanc de neige. D’autres fois, à une tarasque dont les ailes faisaient songer à des voiles de jonque. Parfois encore, c’était un grand poisson aux nageoires dorées et à la gueule barbelée de crocs comme celle d’un requin, et qui se changeait tout à coup en un monstrueux oiseau de mer aux serres et au bec de rapace qui se précipitait sur le dormeur enchaîné au mât d’un vaisseau fantôme, pour le déchirer.

Ce ne fut cependant pas la vision de ces phantasmes nocturnes qui tira Morane de son sommeil, mais une sensation de présence à ses côtés. Il ouvrit les yeux et s’aperçut qu’il faisait jour. Au-dessus de la barque, une silhouette humaine était penchée, celle d’une vieille femme d’une maigreur effrayante et vêtue de haillons. Une vieille Chinoise dont le visage rongé et boursouflé par endroits indiquait une lépreuse. Sur son crâne presque dénudé, à la peau parcheminée et jaune, quelques mèches de cheveux gris se trouvaient enroulées, pour former une sorte de chignon dérisoire. La vieille regardait Morane en ricanant. Dans ses petits yeux noirs, une lueur démente brillait. Elle se mit à prononcer des mots sans suite, en pidgin. Des mots entrecoupés de brefs éclats de rire.

— Monsieur Wan… Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Monsieur Wan… Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Il ne faut pas avoir peur de Monsieur Wan… Pas avoir peur… Pas avoir peur de Monsieur Wan… Monsieur Wan est pareil à moi, Tai-Min… Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Tout pareil à moi… Tout pareil à moi, Monsieur Wan… Ah ! Ah ! Ah ! Ah !…

Morane était tout à fait réveillé maintenant. Il comprit que, pendant son sommeil, il devait avoir prononcé le nom de son adversaire, ce qui expliquait les paroles de la vieille. Ce qui les expliquait sans les expliquer, bien sûr. Pourquoi, si elle connaissait Monsieur Wan, disait-elle qu’il était semblable à elle-même ? « Ce monsieur Wan serait-il en réalité une femme ? se demanda Bob. Si elle ressemble à cette vieille sorcière, cela ne m’étonne pas qu’elle tienne à demeurer soigneusement cachée… » Tai-Min – puisque c’était sous ce nom que la lépreuse s’était désignée – continuait à ricaner, tout en disant encore :

— Pas avoir peur de Monsieur Wan… Monsieur Wan tout pareil à moi… Ah ! Ah ! Ah ! Ah !… Pas avoir peur de Monsieur Wan…

Et, soudain, elle tourna les talons et se mit à marcher rapidement vers l’intérieur de l’île. Bob se redressa et, repoussant la bâche dans laquelle il s’était enveloppé, il cria :

— Eh ! Une minute… Attendez ! j’ai à vous parler. Attendez !…

La vieille semblait ne pas l’entendre. Elle s’était mise à grimper dans les rochers avec l’agilité d’une chèvre. Sautant hors de la barque, Bob se lança à sa poursuite mais, déjà, elle avait disparu au sommet de la falaise. Lorsque Morane y parvint à son tour, il eut beau regarder partout autour de lui, il ne découvrit plus la moindre trace de Tai-Min, comme si celle-ci s’était brusquement volatilisée.

Un long moment, Morane était demeuré décontenancé. L’apparition de la vieille, ses paroles, son rire, sa disparition même, tout cela semblait appartenir à son cauchemar, en être une sorte de prolongement qu’il vivait éveillé. Au bout de quelques minutes cependant, il haussa les épaules et pensa : « Cette femme vit sans doute isolée ici à cause de sa maladie, et cette solitude l’aura rendue folle. Quant à sa disparition, elle s’explique aisément par les nombreuses failles du roc. Comme elle connaît parfaitement l’endroit, elle se sera glissée dans une de ces failles pour s’éloigner… »

Alors Morane entreprit de faire, du regard, le tour de l’île. Celle-ci formait une sorte de plateau rocheux de quelques kilomètres à peine de superficie et dont la surface était creusée de nombreuses vallées et canons, au creux desquels poussait une végétation rabougrie. Des oiseaux de mer nichaient un peu partout. Par endroits, l’agglomération de leurs corps faisait sur le rocher de larges taches blanchâtres. Au loin, sur la mer, d’autres îles apparaissaient, formant avec celle où se trouvait Bob une sorte d’archipel perdu et sauvage.

La plus proche de ces îles devait seule retenir l’attention du naufragé. Elle semblait plus grande que celle sur laquelle il avait pris pied, mais ce n’était pas cela cependant qui l’en distinguait. Derrière un cap rocheux, en effet, Bob crut apercevoir les mâts d’une jonque et, plus loin, des taches claires, cubiques, faisant songer à des habitations. Naturellement, à cause de l’éloignement, Morane ne pouvait acquérir la moindre certitude. Avec une bonne paire de jumelles, il lui eût été aisé d’obtenir cette certitude, mais il n’avait hélas que ses yeux et se voyait par conséquent forcé de demeurer dans le doute.

« Demain, pensa-t-il, quand j’aurai repris des forces, je remettrai le canot à la mer et ramerai jusqu’à cette île voisine. Peut-être abrite-t-elle des pêcheurs qui me porteront secours et m’aideront à regagner Hong-Kong ou Macao. Pour le moment, voyons si cette île-ci ne possède pas d’autres habitants que la vieille folle de tout à l’heure. »

Retournant au canot, Bob s’y restaura et s’y désaltéra rapidement. Puis il récupéra son poignard et le glissa dans sa ceinture. Par le même chemin que tout à l’heure, il regagna le sommet de la falaise pour s’enfoncer à l’intérieur de l’île.

 

* * *

 

Cheminant le long de crêtes érodées ou au fond des ravins où, parfois, coulait une maigre source, Morane se dirigeait vers l’autre extrémité de l’îlot. À un moment donné, comme il progressait au fond d’un cañon aux murailles presque à pic, un rire qu’il connaissait bien résonna au-dessus de lui. Il leva la tête et aperçut, se découpant sur le ciel clair, la silhouette de la vieille de tout à l’heure. Elle se tenait debout au bord de la gorge et, regardant Morane, elle riait à gorge déployée. Se baissant soudain, elle ramassa une pierre et la lança en direction de Bob avec une telle précision que celui-ci, surpris, fut atteint à l’épaule. La pierre était de petite taille, aussi ne fit-elle pas grand mal à Morane qui, pourtant, comme la femme se baissait à nouveau, crut bon de crier :

— Eh là-bas, un instant… Cessez de me canarder… Je ne vous veux pas de mal.

Tai-Min ne sembla pas entendre. Une seconde pierre fila en direction de Bob, pour tomber à quelques centimètres à peine devant lui. Alors commença une petite séance de lapidation, la vieille ne cessant de ramasser des cailloux et de les lancer, tout en riant, vers Morane, qui les évitait de son mieux. Il avait compris que la pauvre créature ne mettait en cela nulle méchanceté. C’était un jeu tout simplement, auquel elle se livrait avec sa spontanéité, presque enfantine, de démente.

Jugeant que le mieux à faire sous cette avalanche de projectiles était de fuir, Bob se mit à courir vers l’extrémité du cañon dont il gagna le sommet en grimpant le long d’un éboulis. Cependant, quand il eut gravi celui-ci, il ne trouva plus trace de la lépreuse qui, une fois encore, semblait s’être évanouie en fumée.

Se mettant à rire silencieusement, Bob haussa les épaules. Il se demandait si cette créature existait réellement. Peut-être, après tout, était-il devenu fou à la suite des tourments endurés à bord de la jonque. Probablement son imagination lui jouait-elle maintenant des tours et était-il sujet à des hallucinations.

Il porta la main à son épaule où, quelques minutes plus tôt, l’avait touché la pierre et qui était demeurée douloureuse. Non, Tai-Min existait bel et bien, du moins s’il devait en juger par l’effet de ses plaisanteries… Mais pourquoi s’en inquiéter ? Tout compte fait, elle n’était pas bien dangereuse.

Morane reprit sa route à travers l’île. Il en atteignit bientôt l’autre extrémité, sans avoir fait la moindre découverte intéressante. D’où il se trouvait maintenant, il pouvait à nouveau observer l’îlot voisin. Une fois encore, il crut apercevoir les mâts d’une jonque émergeant de derrière une pointe rocheuse, et aussi les taches blanches de quelques maisons.

Tôt ou tard, il devrait aller se rendre compte. Avant cela, il regagnerait le canot en faisant le tour par la grève. Qui sait si, sur cet îlot même, en plus de la folle, ne vivait pas l’un ou l’autre pécheur capable de l’aider…

Bob marchait depuis une dizaine de minutes à peine le long de la plage quand, comme il atteignait une pointe rocheuse s’avançant presque jusqu’au bord des flots, il aperçut des traces de pieds nus imprimés dans le sable.

Un instant, il demeura interdit. Allait-il, comme Robinson Crusoé, rencontrer un quelconque Vendredi ? L’île recevait-elle parfois la visite de sauvages cannibales ? Pourtant, il n’existait pas de cannibales, ni de sauvages tout court dans la région. En outre, les traces de pas étaient fort étroites et courtes, comme si elles avaient été faites par un homme de petite taille. Bientôt d’ailleurs, Bob devait connaître l’origine de ces empreintes. Comme il contournait, en les suivant, le promontoire rocheux, il aperçut à nouveau la vieille Tai-Min qui marchait devant lui. Elle longeait la grève en lui tournant le dos. Par moments, elle se baissait pour ramasser un quelconque coquillage qu’elle plaçait dans un panier grossièrement tressé pendu à son épaule.

Comme l’étrange créature l’intriguait de plus en plus, Morane s’était dissimulé derrière un bloc de rochers d’où il pouvait surveiller la femme sans être aperçu lui-même.

Pendant une dizaine de minutes encore, Tai-Min s’attarda à sa récolte de fruits de mer. Puis, tournant le dos à la plage, elle se mit à marcher vers la falaise et s’engagea dans une large faille qui y était creusée. Bien décidé cette fois à ne plus la perdre de vue, Bob lui emboîta le pas en prenant soin de ne pas se faire repérer. Il marchait le plus silencieusement possible et la vieille, qui ne se savait pas suivie, ne se retourna pas une seule fois jusqu’à ce qu’elle eût atteint l’entrée d’une caverne dont, s’il fallait en juger par la présence d’ustensiles de ménage grossiers, elle devait avoir fait son gîte.

Tai-Min posa son panier sur le sol et, s’asseyant sur une pierre plate, se mit à inventorier sa récolte. Bob s’approcha alors ouvertement d’elle. Quand il ne fut plus qu’à quelques mètres, la lépreuse leva la tête et l’aperçut. Pourtant, elle ne fit pas mine de vouloir fuir, se contentant de le regarder droit dans les yeux. Ses lèvres se retroussèrent en un rictus découvrant le gouffre noir de sa bouche édentée et elle éclata de son rire dément, pour dire ensuite, de sa voix cassée.

— Bonjour, Honorable Étranger… Madame Wan vous souhaite la bienvenue dans son palais… Madame Wan vous souhaite la bienvenue…

 

* * *

 

À présent la folle parlait sans que rien, semblait-il, ne dût pouvoir l’arrêter. À tout moment, ses paroles étaient entrecoupées de rires stridents et de ricanements. Parfois ses phrases étaient dites sur un air de berceuse ; d’autres fois, les mots s’alignaient sans paraître avoir le moindre lien entre eux.

D’après ce que Morane crut comprendre, Tai-Min avait jadis été l’épouse de Monsieur Wan qui, par la suite, quand elle avait été atteinte par la lèpre, l’avait condamnée à vivre en recluse sur cet îlot qu’il lui était interdit de quitter sous peine de mort. Bien sûr, Morane ne savait s’il pouvait prendre les déclarations de la vieille pour monnaie comptant. Peut-être s’agissait-il de vantardise. Le matin, alors qu’il dormait, Tai-Min devait l’avoir entendu, dans son cauchemar, prononcer le nom de Monsieur Wan. Par la suite, il était possible que, dans sa cervelle dérangée, se fût échafaudée une histoire inventée de toutes pièces et dont elle était, en même temps que Monsieur Wan, l’héroïne imaginaire.

Au bout de dix minutes, la recluse s’était arrêtée de parler et avait continué à ouvrir les coquilles ramassées sur la plage. Ensuite, elle entonna une vieille mélopée chinoise pour, presque sans transition, se remettre à parler.

— Monsieur Wan m’a condamnée à demeurer ici… Toute seule… Toute seule depuis des années… Mais Monsieur Wan en est bien puni maintenant… Lui tout pareil à moi… Tout pareil à Tai-Min… Ah ! Ah ! Ah ! Ah !… On l’appelle l’Empereur de Macao… Ah ! Ah ! Ah ! Ah !… Triste Empereur… Triste Empereur… Ah ! Ah ! Ah ! Ah !…

La vieille était saisie soudain d’une hilarité dont elle ne paraissait pas réussir à se tirer.

Puis, tout à coup, comme sous l’effet d’une douche glacée, elle redevint sérieuse et continua :

— Tai-Min pas avoir peur de Monsieur Wan… Mais Monsieur Wan pourtant très méchant… Lui pareil dragon… Pareil dragon…

Du bras elle eut un geste circulaire.

— Ici partout, Monsieur Wan est maître… Lui avoir bateaux et gros oiseaux qui ronflent… Monsieur Wan très méchant… Lui pareil dragon… Pareil dragon…

Tai-Min cessa soudain de parler. Abandonnant ses coquillages, elle saisit une grosse pierre allongée et se mit à la bercer dans ses bras, tout comme s’il s’agissait d’un enfant, en chantant une berceuse mal accordée.

Comprenant qu’il ne parviendrait plus à rien tirer de la folle, Morane se retira un peu à l’écart. Il s’assit à l’ombre d’un bouquet de cactus et entreprit de mettre un peu d’ordre, si c’était possible, dans les paroles qu’il venait d’entendre.

Tout d’abord, Tai-Min avait affirmé que Monsieur Wan était maître dans les parages. Or, à Macao, au cours de la conversation que Bob avait surprise entre Jonathan Ma-Boon-Ma et Joao Tseu, ce dernier avait parlé d’un archipel où la jonque devait se rendre, et aussi d’une base à partir de laquelle serait dirigée l’attaque contre le cargo Victoria. Cet archipel pouvait être justement celui dont faisait partie l’îlot où avait abordé Morane et la base se trouver sur l’île voisine, où Bob avait cru apercevoir les mâts d’une jonque et des habitations. Tai-Min avait parlé également d’oiseaux qui ronflent. Il ne pouvait s’agir que d’avions, ce qui sous-entendait l’existence d’une base d’envol.

Après avoir tiré ces quelques déductions, Bob demeura un instant songeur.

Il ne semblait pas possible que le hasard l’eut conduit justement dans cet archipel où l’Empereur de Macao avait son repaire… Pas possible ?… Voire…

En effet, si la jonque voguait en direction de cet archipel, elle pouvait, au moment de l’attaque des pirates, être parvenue presque à destination. Par la suite, elle pouvait avoir tourné en rond, entraînée par les courants circulant entre les îlots, pour finalement venir s’échouer non loin de l’un d’eux.

« Je dois en avoir le cœur net, décida Bob. Si l’Empereur possède une base dans l’île voisine, il me faut m’en assurer. Je préfère agir plutôt que demeurer inactif sur ce rocher perdu en compagnie de cette folle de Tai-Min. Jusqu’ici, malgré mes malheurs, j’ai pu me tirer des griffes des forbans de Monsieur Wan. Puisque j’ai accepté la mission que l’inspecteur Crance m’a confiée, autant aller jusqu’au bout. Cette nuit, je mettrai le canot à la mer et ramerai jusqu’à l’île voisine. J’aimerais savoir ce qu’il s’y passe exactement.

 

L'Empereur de Macao
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